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Louis Vogel, Président du Club d’Iéna « Terrorisme : oser regarder la vérité en face et agir »

L’année 2015 aura été marquée par les deux attentats les plus meurtriers de l’histoire de notre pays, alors que l’année 2016 est déjà endeuillée par plusieurs attentats meurtriers en Turquie, et par ceux commis à Bruxelles le 22 mars. Ces événements tragiques nous ont rappelé, avec la violence du retour de l’histoire, que nous étions engagés dans une guerre longue contre l’islamisme radical. Certes, depuis de longues années, la France est en guerre sur nombre d’opérations extérieures : Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye, Mali, Irak, Syrie...

Mais il existe aujourd’hui deux différences majeures avec nos engagements militaires antérieurs : la guerre est à nos frontières ; des Français, et plus largement des Européens, s’engagent massivement dans le terrorisme pour frapper l’Europe au cœur de ses capitales.

Le gouvernement n’a malheureusement pas pris suffisamment conscience de la violence de ce phénomène. Malgré les deux attentats majeurs survenus en janvier et novembre 2015, il n’a pas accéléré la cadence : aucun dispositif d’encadrement des djihadistes français de retour sur notre territoire n’a été sérieusement mis en œuvre ; les décrets d’application de la dernière loi renseignement ne sont toujours pas signés ; les renforts effectifs annoncés, à grand cri lors du Congrès à Versailles, ne seront sur le terrain qu’en 2017 ; le PNR européen est toujours bloqué dans les méandres des institutions communautaires...

Comment croire que ces demi-mesures ou ces renoncements nous permettent de gagner la guerre engagée contre notre pays ?

Comment croire qu’une loi anti-terroriste votée chaque année depuis 2012, alors qu’un nouveau texte est encore en préparation, ne soit pas le reflet d’une impréparation du gouvernement à ces événements et d’une course à l’abîme législative sans stratégie.

Pour ma part, je pense qu’il est désormais temps de regarder la vérité en face : la guerre s’installe en Europe et nous devons la gagner.

Or, cette guerre est asymétrique car les terroristes peuvent frapper notre territoire à tout moment.

La guerre portée en France, hier par Al Qaïda, aujourd’hui par une organisation encore plus radicale, l’Etat Islamique (Daech), doit trouver une réponse forte.

Il faut, une bonne fois pour toute, en finir avec les demi-mesures et les annonces qui ne sont suivies d’aucun acte.

Je propose de conclure un Pacte national anti-terroriste qui comprendrait quatre mesures fortes et immédiates.

En premier lieu, notre stratégie de sécurité nationale doit être adaptée aux nouveaux enjeux de la menace. Cela implique que le gouvernement fasse un choix budgétaire, sans demi-mesure, en faveur de l’armée et des forces de sécurité intérieure. Le plan de lutte anti-terroriste, décidé au lendemain des attentats de janvier dernier et renforcé par le Pacte de sécurité, n’est pas à la hauteur des enjeux. Les effectifs de police et de gendarmerie seront revenus, en 2017, seulement au niveau de 2007 ! L’armée n’a plus assez de munitions pour procéder dans la mesure nécessaire aux frappes aériennes en Syrie. Il faut donc en finir avec la paupérisation de notre appareil régalien, en réorientant massivement les dépenses de l’Etat-providence vers la défense nationale et la sécurité intérieure. Il faut des moyens beaucoup plus conséquents, des recrutements plus importants et un investissement réel dans le renseignement technologique. Si l’on veut gagner la guerre, il faut tout simplement s’en donner les moyens !

Ensuite, car il est le cœur du sujet, le conflit syrien doit être rapidement résolu par une transition politique. Il faut, de toute urgence, profiter de la conclusion de l’accord sur le nucléaire iranien pour conduire les puissances régionales, sous l’égide des Etats-Unis et de la Russie, à négocier une transition. Nous avons été marginalisés sur la Syrie, alors même que la France était le pays occidental le plus attaqué par Daech. Le chemin de Damas est désormais, malgré les atrocités commises par le régime, le noeud gordien du phénomène djihadiste. Stabiliser la Syrie, c’est tarir la source du combat djihadiste aux portes de l’Europe alors que près de 5 000 Européens auraient rejoint les rangs de Daech, et seraient prêts à revenir en Europe pour frapper.

Par ailleurs, le territoire national doit être sanctuarisé. Cela passe par une mesure simple : l’éloignement systématique et immédiat des étrangers radicalisés. Les étrangers radicalisés, et plus particulièrement les imams salafistes, doivent être éloignés du territoire Schengen, et pas seulement de France.

Sur ce dossier, il est désormais urgent que les pays européens agissent afin que l’islam radical n’ait plus droit de cité en Europe.Nous avons trop longtemps été "faibles" sur ce sujet, au nom de la liberté d’expression.

Enfin, la protection des libertés publiques est un sujet central pour nos sociétés, mais elle doit désormais être conciliée avec l’impératif de protection de la société. Je demande que l’on mette en place une détention administrative préalable, pour les djihadistes français de retour sur le territoire.

Ne perdons plus de temps, et agissons tant qu’il est encore temps !

Louis Vogel

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