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Louis Vogel : « Rétablir la paix passe par la chaîne pénale »

Pour le maire de Melun et ex-président d’Assas, l’absence d’exécution des peines est le terreau sur lequel prospère la délinquance.

PROFESSEUR de droit, Louis Vogel vient de publier aux éditions Ramsay : Justice année zéro.

LE FIGARO. - Votre livre part du constat que la société explose et qu’il faut refonder la justice et la place du juge. Pourquoi ?

Louis VOGEL. - Trop souvent le juge décide de peines qui vont être remises en cause ou ne seront pas appliquées. Ce mal traverse notre société et mécontente la population toujours plus défiante vis-à-vis de sa justice. On parle de 100 000 peines en stock non exécutées. Un quart d’entre elles ne le seront jamais. Mieux vaudrait ne pas les avoir prononcées ! Ce phénomène entraîne la rupture du contrat social en donnant un sentiment d’impunité au délinquant et celui de non-réparation aux victimes. Au passage cela ruine tout le travail de prévention qui peut être mené. En tant que maire de Melun, je peux en témoigner. Le rétablissement de la paix dans les quartiers passe par celui de la chaîne pénale. Il n’est pas possible d’arrêter trois fois dans la même semaine un délinquant et de le libérer aussi vite. Car c’est ainsi qu’il devient un grand délinquant. D’où l’urgence d’une réforme de la justice, comme le propose François Fillon.

Vous souhaitez une justice des mineurs plus répressive ?

Il est criant de voir que le juge des mineurs exerce à la fois une fonction répressive et une fonction d’assistance sociale.
Il est impératif de séparer les deux entre le juge des affaires familiales et celui qui jugera les mineurs au plan pénal. De plus que penser d’une justice qui se rend 20 mois après la commission des faits ? C’est ainsi que nous exerçons une justice honteuse, c’est-à-dire sans peine. Je rappelle qu’en ne sanctionnant pas un mineur délinquant, on aggrave son cas car il s’ancre davantage encore dans la délinquance puisqu’il n’y a pas de sanction. Alors oui, je suis pour la création d’un tribunal pénal des mineurs pour les 15-16 ans et le rétablissement des tribunaux correctionnels pour les 16-18 ans. Mais les prisons explosent… Je crois à la vertu des courtes peines. Plutôt que de frapper plus fort sur ceux qui commettent les faits les plus graves, je pense qu’il faut diversifier les peines et savoir créer des établissements plus légers.
Cela passera aussi par la construction non pas de 20 000 mais de 30 000 places de prison, car nous devons avoir des prisons dignes de ce nom. Dans un pays comme la Grande-Bretagne, on compte 68 % de places de prison de plus qu’en France.

Vous préconisez le rattachement de la pénitentiaire au ministère de l’Intérieur ?

La pénitentiaire est une force de sécurité. Et la justice doit se recentrer sur son cœur de métier. Le juge n’a pas à s’occuper de l’administration des prisons. Face à une société qui se délite, il a un rôle à jouer à condition de n’être pas que « la bouche de la loi » mais un vrai juge : celui qui, par ses décisions, participe au débat de société et ainsi s’impose comme un guide.
On reproche à la justice d’être déconnectée du monde qui l’entoure ?
Les magistrats remplissent au quotidien une tâche très difficile. Les problèmes tiennent en partie à leur formation. L’École nationale de la magistrature est avant tout une école technique et non de la vie. Je ne crois pas que l’on puisse devenir juge en deux ans dans une école. L’affaire d’Outreau l’a prouvé. Il faut ouvrir davantage la formation à ceux qui ont déjà eu une expérience juridique. Cela supposera de revaloriser cette fonction. ■

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