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Louis Vogel : “Fillon aura le courage de réformer notre justice”

Entretien. A l’occasion de la parution de son livre Justice, Année Zéro, ed. Ramsay, Louis Vogel, l’ancien président d’Assas, aujourd’hui avocat et maire de Melun, plaide pour une réforme de la Justice de fond en comble.

Vous venez de publier Justice, année zéro. Quelle est la situation de la justice en France ?

LV. La justice aujourd’hui en France connaît un état de déliquescence avancée. Moins d’un Français sur deux a confiance dans l’autorité judiciaire. Les causes de cette défiance sont multiples : surpopulation carcérale, délais de jugement, peines non exécutées. La crise de la justice traduit en réalité une crise de la société. Aujourd’hui, le contrat social lui-même est rompu : la victime ne se sent plus protégée et le délinquant ne redoute plus la sanction. Justice, année zéro, prend acte de cette réalité. Nous avons atteint un point de non-retour : il faut profondément réformer notre justice. Cette réforme est urgente si nous voulons éviter que notre société ne se délite.

Vous formulez des propositions ambitieuses, nourrissez-vous l’espoir que la droite les applique en cas d’alternance en 2017 ?

Je l’espère vraiment. Nous sommes parvenus à un point charnière, et ne pouvons plus attendre. C’est l’heure de la dernière chance, d’où le titre que j’ai choisi : Justice Année Zéro. François Fillon a bien compris les enjeux et la nécessité d’agir rapidement pour, enfin, rétablir l’autorité de l’Etat. Il lui faudra beaucoup de courage : je sais qu’il en a.

Cela fait des années qu’on dit qu’il faut construire des places de prison. La droite ne l’a pas fait. Et la gauche a stoppé ce qu’a décidé la droite juste avant sa défaite en 2012... Pourquoi y a-t-il une urgence particulière sur ce sujet ?

Il n’y a pas assez de places de prison en France : nous disposons de 57 000 places de prison pour 68 000 détenus (contre 96 000 au Royaume-Uni), soit 90 places pour 100 000 habitants (contre 150 en moyenne au sein des pays du Conseil de l’Europe). Inacceptable du point de vue de la dignité des détenus, la situation actuelle remet aussi complètement en cause le sens de la peine. Aujourd’hui, 100 000 peines de prison ne sont pas exécutées et le gouvernement actuel a utilisé l’aménagement automatique et la réduction de peine comme solution à la surpopulation carcérale – ce qui est proprement inadmissible.
Mais on ne pourra pas construire du jour au lendemain 30 000 places de prison supplémentaires. Construire des prisons coûte cher, et prend du temps (à peu près 5 ans). En attendant, il faut diversifier les peines et les établissements : construire plus de prisons dites « ouvertes » (30 % des établissements au Danemark) et « alléger » la construction de certaines prisons : les miradors ne sont pas toujours indispensables.
Vous parlez d’une réforme de l’Institution judiciaire dans son ensemble...

Nous avons besoin d’un juge plus efficace et plus respecté. Il nous faut repenser en profondeur la formation et les conditions de travail des magistrats, le rapport entre la justice et le politique...
Plus généralement, il faut replacer le droit au cœur de la société et créer un véritable pouvoir judiciaire.

Et vous plaidez pour une redéfinition des missions de ministère de la Justice...

Pour refonder la justice, il faut un vrai ministère du droit, des libertés et de la justice, qui sera un ministère de la paix sociale. Concrètement, cela signifie que le ministre ne sera pas simplement chargé de régler les questions techniques, ou de gérer les prisons et la carrière des magistrats. Il définira une véritable stratégie juridique pour la France et sera le conseiller juridique du gouvernement, chargé de coordonner le travail législatif de tous les autres ministères.

Si la loi Macron avait été conçue par de vrais juristes, elle ne serait pas qu’une série de déclarations d’intentions

La réforme du Code civil n’est pas une réforme technique mais une réforme stratégique, qui aurait dû être mieux pensée, car elle déterminera la place de notre pays et de notre droit dans les relations mondiales pour les cinquante années à venir. Si la loi Macron avait été conçue par de vrais juristes, elle ne serait pas qu’une série de déclarations d’intentions, mais améliorerait véritablement la santé économique de notre pays.

Vous avez soutenu Alain Juppé à la primaire de la droite, comment envisagez-vous la suite de votre parcours politique ? Certains disent que vous aimeriez être garde des Sceaux...

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la poursuite d’un poste mais la réforme de la justice. Ce qui m’anime, c’est l’urgence de la situation. Nos dirigeants doivent prendre conscience du point de non-retour que nous avons atteint, et agir en conséquence. Les Français exigent de nous une réponse. Quand les zones de non-droit où policiers, gendarmes, médecins ou pompiers ne pénètrent plus que difficilement se multiplient, quand les jeunes des quartiers gagnent comme guetteurs d’un réseau de vente de drogue jusqu’à 1 000 euros par mois, quand les incivilités deviennent monnaie courante et que la radicalisation progresse tous les jours, il n’est plus temps de tergiverser.

Alain Juppé a été l’un des premiers à entendre mon appel : il est venu à Melun et a été l’invité du Club d’Iéna. François Fillon a parfaitement conscience des enjeux et veut restaurer l’autorité de l’Etat. Il dispose de la confiance d’une grande partie des Français et aura le courage de mener à bien la réforme indispensable de notre justice. Mon ambition est de servir la France et les Français derrière François Fillon, notre candidat, pour qu’il gagne les élections en mai 2017 et réforme en profondeur notre pays à commencer par sa justice.

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